Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Sources chaudes, palais impérial, tombeau de Charlemagne : Aix-la-Chapelle a couronné des rois pendant six siècles. Son écu, mi-aigle mi-lys, résume cette double mémoire.

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Des eaux chaudes au palais d’un empereur

Bien avant les Francs, les Celtes et les Romains avaient remarqué les sources chaudes qui jaillissent dans la cuvette d’Aix. Le nom même de la ville en garde la trace : Aix vient du latin aquis, « les eaux ». Une tradition attribue la fondation romaine à un certain Grenus, sous Hadrien, mais le nom pourrait aussi venir du dieu celtique Grannos ; des bains d’un camp militaire du Ier siècle ont en tout cas été retrouvés.

Le roi Pépin le Bref y bâtit un château, et un texte de 765 mentionne déjà l’Aquis villa. C’est son fils Charlemagne qui donna à l’endroit sa grandeur. Selon Éginhard, son biographe, le souverain y découvrit les eaux au cours d’une chasse ; passionné de natation, il fit creuser un bassin où cent personnes pouvaient se baigner ensemble.

La capitale d’un empire chrétien

Après une vie itinérante, comme celle de tous les rois francs avant lui, Charlemagne privilégie Aix à partir de 790 et y fait élever un palais, entre 795 et 805. Il y réside de façon permanente dès 801, jusqu’à sa mort, le 28 janvier 814. La chapelle palatine, de plan octogonal, s’inspire de Saint-Vital de Ravenne ; on y trouve des mosaïques, une coupole, des chapiteaux antiques venus d’Italie. Autour d’elle s’organisent l’assemblée des grands, la justice royale, une bibliothèque et l’école palatine, qui forme les futurs administrateurs de l’empire : certains parlèrent d’une nouvelle Athènes.

La ville a aussi ses souvenirs surprenants. En 802 arrive à Aix un éléphant blanc, envoyé par le calife de Bagdad Haroun al-Rachid, que l’empereur nomme Abul-Abbas. Et c’est dans la chapelle qu’il repose depuis 814, tandis que la cathédrale conserve, aujourd’hui encore, de précieuses reliques que l’on montre aux pèlerins tous les sept ans.

Six siècles de couronnements

Après la fragmentation de l’empire, Aix reste un lieu de mémoire. En 936, le roi de Germanie Otton Ier y est couronné, et les souverains du Saint-Empire y reçoivent la couronne pendant six cents ans, jusqu’à Ferdinand Ier en 1531. Ville libre d’Empire, elle est prise par les Français en 1792, demeure française de 1794 à 1814 et devient alors chef-lieu du département de la Roër, avant d’entrer dans le royaume de Prusse.

Son nom est resté attaché à plusieurs traités : la paix de 1668, par laquelle Louis XIV conserva la Flandre (et rendit la Franche-Comté), celle de 1748, qui clôt la guerre de Succession d’Autriche, et le traité de 1818 qui abrégea l’occupation de la France. Chaque année, le prix international Charlemagne y distingue une personnalité ayant œuvré pour l’Europe.

Un écu mi-aigle, mi-lys

Le blason représenté ici est parti : d’un côté, sur fond d’or, une demi-aigle noire au bec et aux serres rouges ; de l’autre, sur fond d’azur, des fleurs de lys d’or. C’est l’écu traditionnellement prêté à Charlemagne, qui unit l’aigle de l’Empire et les lys de la France.

Il faut être précis : Charlemagne lui-même n’a jamais porté d’armoiries, car l’usage héraldique n’apparaît qu’au XIIe siècle. Ces armes lui ont été attribuées après coup ; on en trouve une description vers 1275 dans un poème d’Adenet le Roi, ménestrel à la cour des ducs de Brabant, et leur représentation s’est largement répandue à la fin du Moyen Âge. Selon la tradition, l’empereur avait aussi fait placer une aigle au faîte de son palais d’Aix.

L’écu dit donc moins ce que fut Charlemagne que la manière dont les siècles suivants l’ont vu : père commun des Francs et des Germains, fondateur d’un empire d’Occident, et figure tutélaire de la chrétienté. Aix-la-Chapelle, où il repose, en demeure le lieu le plus symbolique.

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