Terre d’Empire, puis d’Espagne, la Franche-Comté n’est devenue française qu’en 1678. Son lion d’or sur fond bleu porte la mémoire de ce comté libre.
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Un comté né vers l’an mille
Les terres comtoises ont connu plusieurs royaumes de Bourgogne avant de former, vers 982, un comté autonome. On en attribue la création à Otte-Guillaume, considéré comme le premier comte héréditaire, dont l’autorité s’appuie sur les anciennes circonscriptions carolingiennes (les pagi) de la Saône, de l’Ognon et du Doubs. En 1032, à la mort du dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III, la région passe dans l’orbite du Saint-Empire, et son fils Renaud Ier devient comte palatin en 1037.
Le pays prospère grâce aux routes commerciales du Jura et aux salines. En 1127, après l’assassinat du comte Guillaume III, son cousin Renaud III impose à l’empereur le statut de « franc comte », c’est-à-dire de comte libre : c’est peut-être l’origine du nom de Franche-Comté. Frédéric Barberousse épouse ensuite, en 1156, l’héritière Béatrice, et le comté se rapproche de l’Empire.
Le lion d’Othon IV
En 1236, la comtesse Alix épouse Hugues de Chalon, issu d’une lignée française : le comté regarde désormais vers le royaume. Leur fils Othon IV épouse Mahaut d’Artois, petite-nièce de saint Louis. En 1280, il change d’alliance et quitte le camp impérial pour le camp guelfe. Pour marquer ce virage, il adopte de nouvelles armes, avec un lion, animal cher aux guelfes, et les couleurs azur et or, qui renvoient à la France. C’est le lion d’or sur fond bleu qui figure ici.
Sa fille Jeanne épouse le futur Philippe V et devient reine de France. Le comté passe ensuite aux ducs de Bourgogne de la maison de Valois, de Philippe le Hardi à Charles le Téméraire, dont la mort devant Nancy en 1477 ouvre une crise.
« Bourgogne et Dole ! »
Louis XI s’empresse d’occuper la province. Mais quand ses troupes veulent s’installer à Dole, la population, peu habituée aux écharpes blanches des soldats français, se soulève au cri de « Bourgogne et Dole ! Vive dame Marie de Bourgogne ! ». La révolte gagne tout le pays. La duchesse Marie épouse l’archiduc Maximilien de Habsbourg, mais Louis XI revient en 1479, assiège Dole et la ravage. Le récit garde le souvenir de la dame d’Oiselay, qui aurait arraché une hallebarde des mains d’un officier français lors de l’assaut de son château. Le traité de Senlis (1493) rend finalement le comté aux Habsbourg.
Sous Charles Quint et les rois d’Espagne
Le XVIe siècle est un âge d’or. Protégée par des traités de neutralité conclus avec les cantons suisses, la Franche-Comté vit de la vigne, de l’artisanat et du commerce ; l’université de Dole forme ses élites, et le parlement de Dole, soutenu par Philippe II, préserve la province des troubles religieux. Après l’abdication de Charles Quint, le comté reste rattaché à la branche espagnole des Habsbourg.
La guerre de Dix Ans (à partir de 1634) et la peste de 1637 laissent le pays exsangue : plus de deux cent mille victimes, des villages rayés de la carte. En 1668, Louis XIV s’empare du comté, puis le rend par le traité d’Aix-la-Chapelle. Il revient en 1674 ; Besançon, Dole, Salins et Gray résistent, mais Faucogney tombe la dernière, le 4 juillet 1674. Les traités de Nimègue (1678-1679) donnent définitivement la province à la France, et Besançon devient sa capitale.
Un lion qui a traversé les siècles
En 1790, la création des départements du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône efface l’ancien comté, mais le nom de Franche-Comté demeure, et a désigné une région de 1956 à 2016. Le lion d’or, entouré de ses petits rectangles d’or sur fond d’azur, continue de rappeler cette terre franche, tour à tour bourguignonne, impériale et espagnole avant d’être française.
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