Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Rares en héraldique, les deux vaches du Béarn ont traversé un millénaire d’histoire, des vicomtes Centulle à Henri IV. Leur origine garde une part de mystère.

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Deux vaches sur un écu

Sur l’écu du Béarn, deux vaches rouges, portant collier et clarine, marchent l’une au-dessus de l’autre. Ce sont les « vaquetas » de la tradition locale. Selon les sources, elles ornent les armes du pays depuis que l’héraldique apparaît au XIIe siècle, et les plus anciennes représentations conservées se voient sur le sceau de Gaston VII de Moncade, au XIIIe siècle. La vache est une figure rare dans l’héraldique de l’Occident, ce qui fait du blason béarnais un emblème singulier.

Son origine reste mystérieuse. Des auteurs anciens, comme Pierre de Marca, songeaient à des ancêtres vaccéens ; d’autres évoquent les gras pâturages du pays. Un historien contemporain, Dominique Bidot-Germa, propose une piste plus pieuse : plusieurs contes des Pyrénées occidentales associent la vache à la Vierge, dont le bleu rappellerait celui des clarines. Quoi qu’il en soit, « Viva la vaca » est resté le cri de guerre des Béarnais.

Des vicomtes Centulle à la principauté

La vicomté de Béarn se constitue au IXe siècle sous l’autorité des ducs de Gascogne, avec pour capitale primitive un territoire centré sur l’ancienne cité de Beneharnum. Le premier vicomte nommé dans les textes est Gaston Centulle, à la fin du Xe siècle. Au fil des mariages, la vicomté s’agrandit : Oloron vers 1050, Montaner en 1085. Gaston IV le Croisé combat lors de la première croisade et de la Reconquista, aux côtés du roi Alphonse Ier d’Aragon. Avec la défaite aragonaise de Muret, en 1213, cesse l’influence d’Aragon au nord des Pyrénées, et le vieux lien de vassalité s’efface.

En 1290, l’union des maisons de Foix et de Béarn donne un écu écartelé, où les vaches du Béarn côtoient les trois pals rouges de Foix. Ce souvenir explique la présence de ces vaches dans les armes de la principauté d’Andorre.

Fébus, poète et prince

Le XIVe siècle est celui de Gaston Fébus, chef de guerre, politique habile, chasseur passionné et poète de langue d’oc. À l’issue de son règne se constituent les États de Béarn, assemblée qui, avec les « fors », les coutumes du pays, forme le socle des libertés béarnaises. Selon la légende, Fébus serait l’auteur du chant « Si Canti », dont la tradition dit qu’il fut composé pour une bien-aimée contrainte de rejoindre la Navarre voisine. Sur ses monnaies, le Béarn frappe pendant des siècles une devise latine : Pax et Honor, « la paix et l’honneur ».

D’Henri IV à la réunion à la France

Au XVe siècle, les princes béarnais obtiennent la couronne de Navarre. Au XVIe, Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier, et sa fille Jeanne d’Albret introduisent la Réforme dans leurs États, ce qui traverse le pays de troubles, notamment en 1569. C’est à Pau, au château, que naît Henri, fils de Jeanne et d’Antoine de Bourbon. Devenu Henri IV en 1589, il réunit sur sa tête les couronnes de Navarre et de France, tout en maintenant la souveraineté du Béarn. On lui prête cette formule : il aurait déclaré qu’il « donnait la France au Béarn et non le Béarn à la France ».

En 1620, Louis XIII intervient pour rétablir le culte catholique et rattache la principauté au royaume de France. Les fors et les États disparaissent avec la Révolution, en 1789, et le département des Basses-Pyrénées est créé en 1790. Mais l’emblème, lui, est resté : les deux vaches marchent toujours sur le drapeau béarnais.

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