Des Bituriges à Jean de Berry, protecteur des arts, puis au « roi de Bourges », le Berry a toujours été lié au destin de la couronne. Son blason en garde la trace.
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Le pays des Bituriges
Le Berry doit son nom aux Bituriges Cubes, peuple gaulois dont la capitale, Avaricum, est l'actuelle Bourges. Passé sous domination romaine, il connaît ensuite un sort variable à la fin de l'Empire : annexé par les Wisigoths en 476, il passe aux Francs après la bataille de Vouillé, en 501. L'histoire du Berry, dit-on, s'est très vite mêlée à celle de la monarchie capétienne. Dès 1100, la vicomté de Bourges est achetée et réunie au domaine royal, et le rattachement s'achève sous Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle.
Un duché pour un fils de roi
En octobre 1360, le roi Jean II le Bon érige le Berry en duché et le confie en apanage à son fils Jean, né en 1340. Le duc Jean Ier de Berry occupera le duché jusqu'à sa mort en 1416, date à laquelle il retourne au domaine royal. Les vitraux, les livres et les palais de ce prince ont marqué l'histoire de l'art, mais notre récit ne s'appuie ici que sur ce que les sources permettent d'affirmer : sa carrière politique et l'empreinte de son titre.
L'emblème du Berry porte sa trace. Les armes sont celles de France, le bleu et les lis d'or, mais avec une marque de cadet : la bordure rouge dont l'écu est entouré. Sur le blason, cette bordure est dite engrêlée, c'est-à-dire découpée en petits arcs. Selon les héraldistes, elle est restée la marque inséparable des armes du Berry depuis que le duc Jean l'adopta comme brisure. Les fleurs de lis, semées à l'origine, furent ensuite réduites à trois, comme dans les armes du roi Charles VI.
Le « roi de Bourges »
Le Berry joue un rôle décisif dans les années sombres de la guerre de Cent Ans. Le dauphin Charles, futur Charles VII, est titré duc de Berry en 1417. Il a fui Paris à quinze ans, poursuivi par des tueurs bourguignons, et s'installe à Bourges en 1418, entouré de ses fidèles conseillers armagnacs. Ses adversaires bourguignons et anglais le surnomment, avec ironie, « roi de Bourges ». Il aimait se retirer au château de Mehun-sur-Yèvre, où il mourut en 1461.
C'est aussi en Berry que Charles VII nomme, en 1439, Jacques Cœur grand argentier du royaume, l'un des personnages les plus célèbres du pays, dont le palais de Bourges demeure l'un des joyaux.
Des apanages jusqu'à la Révolution
Le duché est ensuite concédé à Jeanne de France, fille de Louis XI, en 1498. En 1517, Marguerite de Navarre le reçoit : elle est alors élevée à une dignité jusque-là réservée aux gentilshommes, et pour la première fois « pair » prend la marque du féminin. Plus tard, le titre échoit à plusieurs princes du sang : Charles de France, petit-fils de Louis XIV, le futur Louis XVI, puis le fils cadet de Charles X, Charles-Ferdinand d'Artois.
L'existence administrative du Berry disparaît avec la Révolution, qui partage la province en deux départements, le Cher et l'Indre, en 1790. Mais l'identité berrichonne demeure : la vielle à roue et la cornemuse, les granges à auvent, la cathédrale Saint-Étienne de Bourges, l'abbaye de Noirlac, les clochers tors. Et sur l'écu bleu, les trois lis d'or dans leur bordure rouge rappellent qu'ici, plus qu'ailleurs, l'histoire de la province et celle de la couronne se sont confondues.
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