Entre Garonne et Pyrénées, les comtes de Comminges ont fondé des bastides et vu leur héritage passer à la couronne. Et leur blason cache une curieuse erreur de transcription.
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Un comté au pied des Pyrénées
Sur le versant nord des Pyrénées, de part et d'autre du haut cours de la Garonne, s'étendait autrefois le comté de Comminges. Les historiens le voient se constituer dans la première moitié du Xe siècle. On crut longtemps que ses premiers comtes descendaient des comtes d'Aragon ; les travaux récents penchent plutôt pour une origine dans la lignée des ducs de Vasconie, et donc pour un ancrage profondément gascon.
Le prénom de Bernard revient sans cesse dans la dynastie, comme une signature de famille : Bernard III (avant 1153-1176), Bernard IV (1176-1225), Bernard VI (1241-1295), Bernard VIII († 1336), qui fut aussi vicomte de Turenne.
Le comte bâtisseur de bastides
Bernard VI est resté dans la mémoire du pays comme un fondateur. Il fut à l'origine de nombreuses bastides comtales, ces villes neuves aux plans réguliers qui structuraient les terres et attiraient les habitants : Lestelle-de-Saint-Martory en 1243, Mondilhan en 1264, Boussens en 1269, Montesquieu-Avantès en 1272, Lacave en 1273, Nénigan en 1282. Plus de sept siècles après, ce semis de villages reste l'une des empreintes les plus tangibles de son règne.
Marguerite et le retour à la couronne
Le comté passe finalement à une femme. En 1375, Marguerite de Comminges, née en 1363, héritière du comté, épouse Jean III d'Armagnac, qui meurt en 1391. Elle se remarie plus d'une fois et, en troisièmes noces, épouse Mathieu de Foix. À sa mort, en 1443, elle lègue ses domaines au roi de France. Mathieu de Foix en garde toutefois la jouissance jusqu'à son propre décès, en 1453.
Le Comminges est alors incorporé au domaine royal en 1454. Il est ensuite aliéné en faveur de Jean, bâtard d'Armagnac († 1473), puis d'Odet d'Aydie, seigneur de Lescun († 1498). À la mort de ce dernier, en 1498, il revient à la couronne, cette fois de manière définitive.
Une croix devenue quatre pétales
Le blason dont l'écu porte aujourd'hui l'image est un petit mystère héraldique. On y voit un champ rouge et quatre pétales d'argent, pointés vers le centre et disposés en croix. Or, selon la description que l'on donne aujourd'hui des armes primitives, celles-ci étaient « d'argent à la croix pattée de gueules » : une croix rouge sur fond blanc.
Au XVIIe siècle, une mauvaise transcription aurait transformé la croix en « otelles d'argent » sur fond de gueules, c'est-à-dire en quatre petites figures en forme d'amande ou de fer de lance posées sur un champ rouge. L'erreur se serait ensuite perpétuée, sous la forme d'« otelles adossées en sautoir ». Ce que nous appelons aujourd'hui le blason du Comminges est donc, si l'on suit cette explication, une figure née d'un malentendu, mais consacrée par l'usage.
Un pays qui garde sa mémoire
Le Comminges, aujourd'hui essentiellement en Haute-Garonne, a gardé son identité. Plusieurs ouvrages de référence lui ont été consacrés, comme celui de Charles Higounet, paru en 1949, sur le comté depuis ses origines jusqu'à son annexion à la couronne, et une société savante entretient la mémoire du pays. Derrière son écu rouge et ses quatre pétales blancs, c'est toute une histoire de comtes pyrénéens, de villes neuves et d'héritages qui se lit encore.
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