Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Entre Lyon et Genève, le Bugey a longtemps vécu à l’ombre des Alpes et de la maison de Savoie avant de devenir français en 1601. Son blason, un lion sur fond rouge, en garde la mémoire.

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Un pays de montagnes autour de Belley

Au nord-est de Lyon, là où la chaîne du Jura s’achève en falaises calcaires, s’étend le Bugey. Son nom garde la trace de sa ville-mère : les chartes les plus anciennes parlent du pagus Bellicensis, le « pays de Belley », puis, par une lente évolution de la langue, de « Terra de Beuzeis » vers 1195, avant que la graphie « Bugey » ne s’impose au XVIIIe siècle.

Occupé par Rome en 58 avant notre ère, le pays voit passer les Burgondes, qui s’y installent vers le milieu du Ve siècle. Le christianisme y prend racine : le diocèse de Belley est créé au début du VIe siècle, et de grandes abbayes bénédictines, Nantua, Saint-Rambert, Ambronay ou Saint-Benoît, s’établissent dans les vallées et façonnent durablement le pays.

Savoie et Dauphiné se disputent la montagne

Après le traité de Verdun de 843, le Bugey échoit au royaume de Lothaire, puis se trouve intégré vers 933 au royaume des Deux-Bourgognes, dit royaume d’Arles. En 1077, le comte Amédée II, des Humbertiens qui donneront naissance à la maison de Savoie, obtient la confirmation de ses droits sur la seigneurie du Bugey. La maison de Savoie renforce ensuite son emprise, notamment grâce au mariage, en 1272, du futur comte Amédée avec Sibylle de Baugé, héritière de la Bresse.

Mais le Dauphiné convoite les mêmes terres. Pendant un demi-siècle, la guerre oppose les deux princes, et le pays se hérisse de châteaux forts, tels les Allymes, Saint-Denis ou Château-Gaillard. Le traité de Paris de 1355 met fin au conflit et laisse à la Savoie les territoires dauphinois de la rive droite du Rhône. Longtemps ignoré du royaume de France comme du Saint-Empire, le Bugey vit alors en petit pays protégé par son isolement.

Le retour dans le giron français

Le XVIe siècle rebat les cartes. François Ier, neveu des ducs de Savoie, conquiert leurs États en 1536 et le Bugey devient français jusqu’en 1559, date à laquelle un traité le rend à son duc. Il restera savoyard jusqu’à ce qu’Henri IV reprenne le pays, en détruisant nombre de châteaux. Le traité de Lyon, signé le 17 janvier 1601, cède définitivement à la France la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex.

Le siècle suivant voit surgir des figures plus pittoresques : Louis Mandrin, contrebandier devenu le « brigand le plus célèbre de France », aurait eu plusieurs cachettes dans ces montagnes, tandis que Jean Anthelme Brillat-Savarin, né à Belley en 1755, siégera à l’Assemblée constituante et participera aux débats qui créent le département de l’Ain en 1790.

Un lion d’hermine sur fond de gueules

Le blason du Bugey se lit d’un coup d’œil : sur un écu rouge, un lion dressé, dont le pelage est semé de petites mouchetures noires, celles de l’hermine. L’armorial le décrit comme « de gueules au lion d’hermine ». Ces mêmes armes figurent aujourd’hui dans l’un des quartiers des armoiries du département de l’Ain, aux côtés de celles des autres pays qui le composent.

Les sources consultées ne disent pas à quelle époque ni pour quelle raison cette figure a été choisie ; on se gardera donc d’en donner une explication trop précise. On peut seulement observer que le lion, roi des animaux, est un meuble fréquent des blasons médiévaux, et que l’hermine, fourrure blanche mouchetée de noir, évoque traditionnellement la noblesse.

Une mémoire de résistance

Le Bugey a laissé une autre page à l’histoire : durant la Seconde Guerre mondiale, ses montagnes et ses forêts abritent de nombreux maquisards. Le 11 novembre 1943, deux cents d’entre eux défilent en armes à Oyonnax, pour commémorer l’armistice de 1918. Cet acte d’audace, relayé par la presse anglo-saxonne, aurait contribué à convaincre Winston Churchill d’armer la Résistance française. Ainsi, du lion médiéval aux maquis, le Bugey a toujours su tenir son rang de petit pays fier de sa liberté.

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