Pendant plus de cinq siècles, le Comtat Venaissin fut terre du pape, avec Carpentras pour capitale. Ses armes, deux clés croisées, disent cette appartenance.
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Une terre cédée au pape
Le Comtat Venaissin occupe la rive gauche du Rhône, entre la Durance et le mont Ventoux, dans l’actuel Vaucluse (avec quelques enclaves dans la Drôme). Il fait partie, à l’origine, du marquisat de Provence, possédé par les comtes de Toulouse. Après la croisade des Albigeois, le traité de Meaux-Paris (1229) impose à Raymond VII de Toulouse de renoncer à ces terres au profit de la papauté ; l’affaire est compliquée, l’empereur Frédéric II les restituant un temps au comte. Finalement, à la mort d’Alphonse de Poitiers en 1271, le marquisat passe au roi Philippe III le Hardi, qui le remet en 1274 au pape Grégoire X : le Comtat Venaissin devient un État pontifical.
L’origine de son nom est discutée. Les uns le font venir de Venasque, les autres, plus convaincants pour certains historiens, d’un « comté d’Avignon » dont le mot latin se serait usé au fil des copies. La question n’est pas tranchée.
À l’ombre des papes d’Avignon
Le pape Clément V établit sa Curie à Carpentras en 1313 ; la ville devient capitale du Comtat quand le recteur Arnaud de Trian, neveu de Jean XXII, s’y installe en 1320. Trois ans plus tard, la plaine est devenue le grenier à blé de la papauté d’Avignon. La reine Jeanne de Naples vend Avignon à Clément VI en 1348 : Avignon et le Comtat forment dès lors deux États distincts, chacun avec sa monnaie et son pavillon. Sur les pièces frappées dans le Comtat, la légende Comes Venesini remplace, sur le revers, celle de Sanctus Petrus.
Les papes résident à Avignon de 1309 à 1404, mais seulement jusqu’en 1377 si l’on ne retient que ceux reconnus par Rome. Le Comtat garde ensuite son statut. Il abrite aussi des communautés juives, protégées par une politique pontificale originale, avec les quatre « carrières » d’Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue ; la synagogue de Carpentras, commencée en 1361, est la plus ancienne encore en service dans le sud de la France.
Un îlot pontifical dans le royaume
Au fil des siècles, les rois de France pèsent sur ce petit voisin. Ils imposent des droits de douane ou bloquent l’entrée du blé, et occupent le Comtat en 1663, en 1668, en 1687-1688 (affaire de la régale) et de 1768 à 1774, au moment de la querelle des jésuites. Louis XV et Clément XIV meurent presque en même temps, et le calme revient.
Un épisode dramatique marque l’année 1720. Lorsque la peste éclate à Marseille, on élève le « mur de la Peste », long de trente-six kilomètres, avec guérites et postes de garde, pour isoler le Comtat de la Provence française. Le fléau gagne pourtant Avignon en août ; il fit au moins 126 000 morts dans la région.
Le rattachement à la France
La Révolution met fin à ce régime. Une motion demande dès novembre 1789 le retour d’Avignon et du Comtat à la France, mais les notables de Carpentras s’y opposent, et les deux villes en viennent à s’affronter. Le 18 août 1791, les délégués des communes réunis à Bédarrides votent le rattachement ; le 14 septembre 1791, l’Assemblée nationale décrète l’incorporation des deux États. Le département de Vaucluse est formé en 1793. Le pape Pie VI cède définitivement les territoires par le traité de Tolentino, en 1797.
Deux clés sur fond rouge
Le blason représente deux clés d’or croisées en sautoir, liées par un cordon, sur un champ rouge. Ce sont les clés de saint Pierre, symbole de la papauté, auxquelles le Christ avait confié le pouvoir de lier et de délier. Selon une présentation courante, l’une d’or figure le pouvoir spirituel et l’autre d’argent le pouvoir temporel, réunis sous une même autorité. Ces armes historiques ont été proposées en 1950 par l’héraldiste Robert Louis pour le département de Vaucluse ; elles disent à leur manière qu’un coin de Provence fut, pendant cinq siècles, terre de l’Église.
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