En mars 1793, des paysans cousent un Sacré-Cœur sur leurs vêtements. Récit d’un soulèvement, d’un insigne et du cœur couronné devenu symbole de la Vendée.
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Mars 1793 : un pays se soulève
Au début de la Révolution, la Vendée connaît, comme le reste du pays, des manifestations paysannes, et accueille d’abord les changements avec bienveillance. En 1791, la Constitution civile du clergé provoque cependant un fort mécontentement. C’est la levée en masse de mars 1793 qui déclenche la rébellion. Le 3 mars, à Cholet, des jeunes gens réunis pour connaître les modalités du recrutement refusent de partir ; le lendemain, la situation dégénère et des coups de feu font plusieurs morts. Les 10 et 11 mars, l’insurrection devient générale.
L’armée catholique et royale
Les insurgés se donnent des chefs. En Anjou, ce sont d’anciens soldats comme Stofflet, des nobles anciens officiers comme Bonchamps et d’Elbée, et un simple colporteur, Jacques Cathelineau. Ailleurs, François Athanase Charette prend la tête de l’armée du Marais. Une « Armée catholique et royale » se forme en avril ; elle remporte des victoires au printemps et à l’été et occupe brièvement Fontenay-le-Comte, Thouars, Saumur et Angers, mais échoue devant Nantes.
À l’automne, l’arrivée de l’armée de Mayence redonne l’avantage aux républicains, qui prennent Cholet en octobre. Le gros des forces vendéennes traverse alors la Loire, dans la nuit du 18 octobre, dans l’espoir de gagner un port de la Manche. Cette « Virée de Galerne » s’achève par la défaite au Mans, puis à Savenay, le 23 décembre. Suivent l’hiver et le printemps 1794, d’une répression très dure. Des négociations, en 1795, aboutissent au traité de La Jaunaye et à la fin de la première guerre ; des reprises d’armes suivront jusqu’en 1796, puis brièvement en 1799, 1815 et 1832. On estime le nombre des victimes à environ 200 000 morts, soit entre 20 et 25 % de la population du territoire insurgé.
Un cœur cousu sur la veste
C’est dans ce contexte qu’apparaît un insigne resté célèbre. Dès mars 1793, des Sacré-Cœur cousus sur les vêtements des combattants servent à la fois de signe de reconnaissance et d’appel à la protection divine ; on parle d’un cœur rouge surmonté d’une croix. Cet usage s’enracine dans les missions paroissiales que Louis-Marie Grignion de Montfort et d’autres prédicateurs avaient menées dans les campagnes poitevines, où des croix de mission portaient déjà des Sacré-Cœur en plomb ou en bois. Selon la tradition, le cœur vendéen dérive aussi d’un ancien bijou du Bas-Poitou, un cœur ajouré, devenu double au XIXe siècle : fidélité à Dieu et fidélité au Roi, dit-on.
Un blason de foi et de mémoire
Le blason illustré reprend ce cœur double, rouge, surmonté d’une couronne et d’une croix, sur fond clair. Il est entouré d’une bordure qui alterne des fleurs de lis d’or et des châteaux, sur des fonds rouges et bleus. Selon les sources que nous avons consultées, le cœur couronné et croisé est devenu en 1943 l’emblème armorial de la Vendée, avec la devise Utrique fidelis, « fidèle à l’un et à l’autre ».
La mémoire de ces événements reste, aujourd’hui encore, l’objet de travaux d’historiens et de débats ; on peut du moins constater que le cœur, lui, s’est imposé comme signe d’identité populaire. Le diocèse de Luçon fut consacré au Sacré-Cœur en 1870, puis une grande cérémonie de consécration départementale eut lieu à La Roche-sur-Yon en 1917.
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