Son nom même dit sa fonction : une marche, une frontière. Du comte Boson aux Bourbon, découvrez l'histoire du comté de la Marche et de son écu semé de fleurs de lis.
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Un nom qui dit la frontière
Le mot « marche » désigne, au Moyen Âge, une zone intermédiaire entre deux territoires. Celle-ci fut détachée au Xe siècle des provinces du Limousin et d'Auvergne, la rivière Creuse en marquant alors la limite. Les raisons de cette création furent d'ordre pratique : il fallait lutter contre les Normands, et former une zone tampon entre l'Aquitaine, passée sous influence anglaise avec les Plantagenêt, et le Berry.
Le comté naît vraisemblablement entre 955 et 958, sous l'autorité de Boson Ier, dit le Vieux, premier comte de la Marche, fils de Sulpice, seigneur de Charroux. Son territoire s'étire sur environ quatre-vingts kilomètres et se divise en plusieurs fiefs : la Haute Marche autour de Guéret, la Basse Marche autour du Dorat, la principauté de Combraille et la vicomté de Bridiers.
D'une maison à l'autre
La province passe ensuite à la maison de Montgommery. En 1177, à l'abbaye de Grandmont, Henri II Plantagenêt achète le comté à Aldebert IV. Il est cédé à la maison de Lusignan en 1199. Cette famille, l'une des grandes du Poitou, que la légende dit fondée par Mélusine et Raymondin, tiendra le comté plus d'un siècle.
Philippe IV le Bel le rattache à la couronne de France en 1308. Par testament, en 1314, il en fait l'apanage de son troisième fils, Charles IV le Bel, et la Marche devient duché-pairie en 1317. En 1327, elle est échangée contre le comté de Clermont-en-Beauvaisis avec Louis Ier de Bourbon, et revient ainsi aux Bourbon.
Le retour définitif à la couronne
François Ier confisque la Marche à la suite du procès contre le connétable de Bourbon, engagé en 1523. Après quelques apanages, elle est définitivement réunie au domaine royal vers 1531. Entre 1630 et 1752, elle est gouvernée par les Foucault de Saint-Germain-Beaupré. Les sources reconnaissent que la succession des comtes, jusqu'au XIVe siècle, est souvent difficile à établir avec certitude, faute de documents solides : c'est un pays dont l'histoire se laisse parfois deviner plus qu'elle ne se raconte.
Fleurs de lis et lions sur l'écu
L'écu que l'on voit ici est celui des Bourbon de la Marche : un champ bleu semé de fleurs de lis d'or, traversé en diagonale d'une bande rouge sur laquelle marchent trois lions. On y lit le lien avec la maison de France, dont les Bourbon sont issus, et la brisure, c'est-à-dire la marque de cadet, que constitue la bande chargée de lions. Selon les descriptions héraldiques usuelles, ces lions sont d'argent, mais les artisans les figurent souvent plus sombres. On retrouve ces armes sur le drapeau actuel du département de la Creuse, héritier d'une grande partie de l'ancien comté.
Un pays entre deux langues
La Marche a gardé de sa situation de charnière une singularité linguistique. Au nord, on parle le marchois, parler du Croissant, espace intermédiaire entre la langue d'oc et la langue d'oïl. Au sud, c'est le nord-occitan sous sa forme limousine. Guéret est sa capitale ; la province correspondait, dans ses limites du XVIIIe siècle, au département de la Creuse, augmenté de l'arrondissement de Bellac en Haute-Vienne et de quelques paroisses voisines.
Ainsi la Marche reste fidèle à son nom : un pays d'entre-deux, où l'on passe d'un monde à l'autre, et dont les comtes, tour à tour vassaux des Plantagenêt, alliés des Lusignan et princes du sang, ont dû sans cesse choisir leur camp.
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