Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Du dernier comte Hugues Capet à Louis XII, l’Orléanais a vu passer des princes de la maison de France. Son écu porte les lys du royaume, brisés d’un lambel.

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Une province au cœur du royaume

L’Orléanais n’a jamais eu de frontières très nettes. Selon les époques, ce vaste territoire de la Loire moyenne a réuni la Beauce, la Sologne, la forêt d’Orléans, le Gâtinais, la Puisaye, le Blésois ou le Vendômois, et des villes comme Orléans, Blois, Chartres, Étampes, Montargis ou Vendôme. Il répond en gros à la moitié nord de l’actuelle région Centre-Val de Loire. Sa capitale est Orléans, ville dont la Loire fit l’un des grands passages du royaume.

La province apparaît au IXe siècle sous la forme d’un comté. Son dernier comte héréditaire est un personnage bien connu : Hugues Capet. Lorsqu’il est couronné roi de France en 987, le titre de comte d’Orléans n’a plus d’objet, car le territoire est désormais entre les mains de la couronne. Ainsi, aux origines même de la dynastie capétienne, l’Orléanais est un fief royal.

Un apanage pour les fils de France

En 1344, le roi Philippe VI érige le pays en duché pour son second fils, Philippe. On en fait alors ce que l’on appelle un apanage : une terre confiée à un prince cadet, qui doit revenir à la couronne à l’extinction de sa lignée. L’usage est ancien, et l’Orléanais en devient l’un des plus prestigieux exemples.

Deux noms dominent cette histoire ducale. Louis Ier d’Orléans (1372-1407), frère du roi Charles VI, joue un rôle politique de premier plan et meurt assassiné à Paris. Son fils Charles (1394-1465) est resté célèbre comme poète ; on sait qu’il fut retenu prisonnier en Angleterre après Azincourt, et que ses vers en ont gardé la mélancolie.

Le duché revient enfin au roi lorsque le duc Louis d’Orléans devient Louis XII en 1498. Depuis lors, la province est incorporée pour de bon au domaine royal. L’administration s’y organise autour de la généralité d’Orléans, créée en 1558 et supprimée en 1790, quand les départements remplacent les anciennes provinces.

Les lys de France, brisés d’un lambel

Le blason évoque directement cette filiation. On y voit, sur un champ d’azur, trois fleurs de lys d’or, disposées deux et une, celles des rois de France ; au-dessus, un lambel d’argent, cette barre horizontale à trois pendants. En héraldique, le lambel est une « brisure » : une marque de différence portée par un cadet, qui signale qu’il appartient à la famille royale sans en être le chef. Les armes ducales d’Orléans sont décrites comme celles de France avec un lambel d’argent, d’abord sur un fond semé de lys, puis avec le nombre réduit à trois.

La lecture est donc limpide : ces armes ne racontent pas une victoire ni une conquête, mais un lien de sang. Celui qui les porte est fils, frère ou oncle du roi, et il est appelé à servir la couronne. Il est curieux de constater que la marque du cadet finit par donner son nom à une des grandes maisons du royaume, la maison d’Orléans.

Un nom qui demeure

L’Orléanais n’existe plus officiellement depuis 1790. Il partage aujourd’hui ses terres entre le Loiret, le Loir-et-Cher, l’Eure-et-Loir et d’autres départements voisins. Pourtant, le nom résiste, dans la mémoire, dans les paysages de Sologne et de Beauce, et dans cet écu bleu et or qu’on retrouve sur les murs comme sur les livres. Il rappelle que cette province, discrète en apparence, fut longtemps réservée aux princes les plus proches du trône.

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