Dans la vallée de l’Arc, Humbert aux Blanches Mains a posé les premières pierres de la maison de Savoie. Histoire d’un comté alpin et de son aigle noir.
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Une vallée, un carrefour des Alpes
La Maurienne s’étire sur 125 kilomètres le long de la rivière Arc, dans l’actuel département de la Savoie. C’est une vallée intra-alpine, voie de passage entre le futur territoire de la France et la péninsule italienne. Ses grands cols, Mont-Cenis, Télégraphe, Galibier, Iseran, la relient aux vallées voisines. À l’origine, c’est la vallée des Médulles ; le nom de Maurienne apparaît vers le VIe siècle avec la première cathédrale, dédiée à saint Jean-Baptiste, dans la ville qui deviendra Saint-Jean-de-Maurienne.
Humbert aux Blanches Mains
C’est ici que l’on rencontre pour la première fois l’ancêtre de la maison de Savoie : Humbert, dit aux Blanches Mains, qui porte le titre de comte en Maurienne au début du XIe siècle. Sa famille, les « Humbertiens », vient du Sermorens, au sud du diocèse de Belley. Elle arrive en Maurienne au moment où disparaît le dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III.
Dans le conflit de succession, Humbert prend le parti de l’empereur Conrad II le Salique contre Eudes II de Blois. Il commande une armée venue du val d’Aoste et intervient en 1033 en Maurienne pour soumettre l’évêque rebelle, soutenu par Eudes. Après un long siège, il prend Saint-Jean-de-Maurienne, résidence de l’évêque, et la fait raser, puis marche sur Genève, où il l’emporte l’année suivante. L’empereur rattache alors l’évêché de Maurienne à celui de Turin ; le siège de Saint-Jean reste interdit jusqu’en 1061. En remerciement, Conrad aurait fait à Humbert une importante donation. La famille tient militairement la vallée depuis les châteaux de Charbonnières et d’Hermillon.
De comtes de Maurienne à comtes de Savoie
Après Humbert viennent Amédée Ier, Othon Ier, Pierre Ier, Amédée II, Humbert II, puis Amédée III (mort en 1149 lors de la deuxième croisade). Ce dernier est le premier à porter le titre de comte de Savoie, à partir de 1143, même si les historiens rappellent que la chronologie exacte de ce changement de titre est discutée. Le titre latin comes Maurianensis se traduit d’ailleurs, selon le médiéviste Laurent Ripart, plutôt par « comte en Maurienne », car ce comté ne recouvre pas toute la vallée. Ces princes seront plus tard ducs de Savoie, puis rois d’Italie. Quant à la province de Maurienne, elle fut l’une des provinces administratives du duché de Savoie de 1723 à 1860.
L’aigle, symbole de la vallée
Le blason montre un aigle noir aux ailes déployées sur un fond d’or. Les sources nous disent que l’aigle royal est considéré comme le symbole de la Maurienne et de la Tarentaise, et qu’il orne leurs blasons respectifs ; il vit d’ailleurs toujours dans la Vanoise voisine, où l’on a recensé 29 couples en 2010. Cet oiseau des cimes convient à une vallée dominée par les glaciers.
La Maurienne ne fut pas toujours rattachée à la France : elle l’est depuis 1860, avec la Savoie. Ce petit comté alpin fut le point de départ d’une grande dynastie, celle des Humbertiens.
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