Terre de forêts et d’étangs, la Bresse fut savoyarde avant de devenir française en 1601. Remontez le fil de son histoire, de Bâgé à Bourg.
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Un pays de bois et de marais
Le nom de la Bresse remonte, dit-on, à l’Antiquité. Les Romains parlaient de Saltus Brixiae, littéralement une « région boisée », rappel des vastes forêts qui recouvraient alors ce pays de plaine. Le mot brixia, probablement d’origine gauloise, a donné « bresse », qui désignait au XIe siècle un marécage. Le vieux français connaît aussi brai, la boue : de quoi évoquer une contrée humide, bocagère, longtemps difficile d’accès.
Étendue sur près de 4 000 km², entre la Saône à l’ouest et les premiers reliefs du Jura à l’est, la Bresse déborde aujourd’hui sur trois départements. On distingue une Bresse jurassienne, une Bresse bourguignonne et une Bresse savoyarde, cette dernière correspondant au nord-ouest de l’actuel département de l’Ain. C’est de cette dernière que raconte surtout l’histoire du blason.
Bâgé, Sibylle et le mariage qui fit la Bresse savoyarde
Au XIIIe siècle, le sort de la Bresse se joue dans une affaire d’héritage. En 1266, Philippe Ier de Savoie recueille les biens de Renaud de Baugé (ou Bâgé) ; il exerce dès lors son autorité sur toute la Bresse, et la principale héritière, Sibylle de Baugé, est déjà sa pupille. En 1272, Sibylle épouse le futur comte de Savoie Amédée V et lui apporte la Bresse en dot : le pays entre dans la mouvance savoyarde.
Bâgé demeure la capitale jusqu’à cette date. Puis Bourg, place fortifiée de quelque 3 400 habitants, prend le relais et devient en 1321 le centre du bailliage de Bresse. Dès le 15 juin 1322, la Bresse est remise en apanage aux héritiers du comté de Savoie. Après 1350, les comtes étant souvent absents, des gouverneurs et lieutenants généraux administrent la Bresse et le Bugey en temps de paix comme de guerre, sous le contrôle du conseil de Savoie.
1601 : la Bresse rejoint le royaume de France
Le tournant survient le 17 janvier 1601. Par le traité de Lyon, conclu entre le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie et le roi Henri IV, la Bresse est rattachée au royaume de France, en même temps que le Bugey, le pays de Gex et le Valromey. En échange, le duc de Savoie reçoit le marquisat de Saluces, qui entre dans ses États. Un échange de territoires réglé par traité, et non par les armes : la Bresse devient française après plus de trois siècles de vie savoyarde.
Deux lions et une bande bleue
Le blason que l’on voit ici montre, sur un fond clair, une large bande bleue tracée en diagonale, accompagnée de deux lions noirs, l’un en haut à droite, l’autre en bas à gauche. Les sources consultées ne détaillent ni l’origine précise de ces armes ni la signification de chaque meuble ; mieux vaut donc ne pas inventer de récit à leur propos. On retiendra que la bande et les lions appartiennent pleinement au vocabulaire de l’héraldique médiévale, et qu’ils accompagnent ici l’image de ce pays bressan.
Les « ventres jaunes » et la volaille de Bresse
La tradition populaire a laissé un surnom : les Bressans étaient appelés par leurs voisins les « ventres jaunes ». Selon une explication, ils auraient porté à leur ceinture les pièces d’or tirées de la vente de leurs volailles ; selon une autre, ils auraient été parmi les premiers à manger du maïs, sous forme de gaudes, ce qui aurait fait penser que leur ventre était jaune. On ne sait laquelle retenir, mais les deux disent la même chose : une terre rurale, dispersée en fermes et en bocages, attachée à ses paroisses et à ses usages.
Cet héritage vit toujours : aujourd’hui encore, la Bresse est réputée pour ses volailles élevées en plein air, à raison d’environ 1,2 million par an. Quant à Bourg, elle n’est devenue officiellement « Bourg-en-Bresse » qu’en 1955. Le blason bressan rappelle ainsi une longue histoire de frontières mouvantes entre Savoie, Bourgogne et France.
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