Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Longtemps morcelée en comtés, la Picardie s’est forgé une identité forte : hardiesse de ses milices, cathédrales gothiques, langue picarde. Son blason écartelé en dit les liens avec le royaume.

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Une région sans seigneur unique

La Picardie est un cas à part parmi les anciennes provinces. Là où la Normandie a connu très tôt une certaine unité, la Picardie a longtemps été partagée en comtés et en fiefs divers. Un ancien armorial, celui de La Planche, le rappelle : « Picardie » est un nom général, et l’on ne trouve dans l’histoire aucun seigneur qui en ait porté le titre. Il y avait seulement des comtes de Vermandois, d’Artois, de Boulogne, de Ponthieu ou de Thiérache, dont les terres composaient ce pays. C’est ce qui explique que l’on distingue aujourd’hui la province de la région culturelle picarde, plus vaste.

D’où vient le nom de « Picard » ?

Le mot désigne d’abord des hommes avant de désigner un territoire. Il apparaît pour la première fois à la fin du XIe siècle, dans la mention de la mort d’un certain Guillaume le Picard, en 1098, au cours de la première croisade. En picard, le terme signifie « piocheur », c’est-à-dire laboureur, et les Parisiens l’employaient pour les paysans vivant au nord des forêts du Senlisis et du Valois. Selon une explication répandue, le mot aurait fait fortune parce qu’il jouait aussi sur la pique, dans une province réputée pour sa hardiesse militaire : sa milice s’était illustrée à Bouvines, en 1214.

Villes drapières et cathédrales de lumière

Ce caractère tenace tient aussi à l’attachement des villes drapières aux libertés communales qu’elles avaient acquises, défendues par une milice bourgeoise. Le pays est de plaine, de craie et de grands champs ouverts, entre la Somme et l’Oise, et il porte quelques-uns des plus beaux joyaux de l’art gothique. Amiens, sa capitale, est célèbre pour sa cathédrale Notre-Dame, l’une des plus vastes du monde, tandis que Beauvais s’enorgueillit d’un chœur gothique réputé le plus haut de tous, même si l’édifice est resté inachevé.

La langue picarde, née dans ces pays, se parle bien au-delà de la province, jusqu’à Saint-Omer, Armentières ou en Belgique. Elle a nourri une riche littérature et une tradition de folklore, avec ses géants et ses marionnettes, les cabotans.

Un chant de guerre et une devise de fidélité

Les Picards ont aussi leur chant : « Réveillez-vous Picards », ancien chant guerrier considéré comme l’hymne de la région, que l’on dit issu d’un air entonné avant 1479 par les bandes de Picardie, à l’origine, entre autres, du régiment de Picardie. On attribue à la province une devise, la même que celle de la ville d’Abbeville : Fidelissima, « très fidèle », sous-entendu à la France.

Un écu à quatre quartiers

Le blason picard est écartelé. Aux quartiers du haut à dextre et du bas à senestre, trois fleurs de lys d’or se détachent sur un fond bleu ; dans les deux autres, des lions rouges se dressent sur un fond blanc. Selon la présentation la plus courante, ces armoiries ont été établies à partir de celles de la « nation picarde » de l’université de Paris. Les fleurs de lys disent l’appartenance au royaume de France et la proximité de l’Île-de-France ; les lions rappellent les liens avec les provinces voisines de Flandre, du Brabant et du Luxembourg. Ainsi, sur un seul écu, la Picardie affirme à la fois son attachement à la couronne et son ouverture vers le nord.

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