Blasons et provinces de France · 3 min de lecture · Éditions Charlemagne

Des Santons gaulois à Saintes la romaine, de saint Eutrope aux guerres entre Capétiens et Plantagenêt, la Saintonge a une histoire riche que résume son écu bleu à la mitre.

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Le pays des Santons

La Saintonge tient son nom des Santons, peuple gaulois établi entre la Charente et la Gironde. Leur oppidum de Pons fut, à l'âge du fer, leur centre politique et commercial. Après la conquête romaine, la cité prospère et Saintes, la Mediolanum Santonum des Romains, devient capitale de l'Aquitaine seconde. On lui doit un amphithéâtre, des thermes, un pont sur la Charente et l'arc de Germanicus qui marquait l'arrivée de la voie d'Agrippa venue de Lyon.

Une légende, que la province a longtemps aimée, faisait des Santons une colonie troyenne venue des rives du Xanthe après la chute d'Ilion. D'où la devise : Xantones a Xantho nomina sancta tenent. Il s'agit d'une tradition savante, non d'un fait établi.

Saint Eutrope, premier évêque

C'est au IIIe siècle que la foi chrétienne s'implante avec saint Eutrope, originaire de Saintes, qui christianise la région et subit le martyre. Il est considéré comme le premier évêque de Saintes. Le blason de la province rappelle son souvenir : sur un fond bleu, une mitre d'évêque, entourée de trois fleurs de lis d'or. On la voit ici d'argent, ornée de perles et d'une croix à son sommet, ses fanons croisés retombant vers le bas de l'écu.

Le pays est ensuite traversé par les invasions : Alains et Vandales au début du Ve siècle, Wisigoths en 419. En 507, Clovis conquiert Saintes avec le reste de l'Aquitaine et l'intègre au royaume des Francs.

Entre Capétiens et Plantagenêt

Avec le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri Plantagenêt, en 1152, la Saintonge passe sous domination anglaise. Elle devient alors une terre frontière, secouée par des luttes incessantes entre 1152 et 1451, et ses seigneurs hésitent entre l'attachement anglo-aquitain et le lien avec Paris. Le 1er août 1242, après la célèbre bataille de Taillebourg, saint Louis impose au roi d'Angleterre les dures conditions du traité de Pons.

Le traité de Brétigny, en 1360, donne toute la Saintonge à la Guyenne anglaise. Bertrand Du Guesclin la reconquiert presque entièrement en 1371, et Charles V la réunit officiellement à la couronne en 1375. La paix n'en revient pourtant pas aussitôt : les Écorcheurs ravagent les campagnes, et la prise de Montguyon, en 1451, sous la conduite de Dunois, achève l'affaire.

Une terre de pèlerins et de bâtisseurs

La Saintonge est aussi une terre de pèlerinage. La basilique Saint-Eutrope de Saintes et l'hôpital des pèlerins de Pons, haltes du chemin de Compostelle, figurent au patrimoine mondial. Le pays est semé d'églises romanes, dont celle de Talmont-sur-Gironde, et de fortifications littorales, de Brouage à Fort Boyard.

Les siècles suivants sont marqués par les révoltes contre la gabelle (1542-1549), puis par les guerres de Religion, où La Rochelle, dans l'Aunis voisin, devient place forte protestante. À la Révolution, la plus grande partie de la province forme le département de la Charente-Inférieure, avec Saintes pour préfecture.

Parmi les grands noms associés à la Saintonge figurent Samuel de Champlain, fondateur de Québec, et Bernard Palissy, célèbre céramiste. Sa langue, le saintongeais, vit toujours. Et sur son écu, la mitre d'argent continue de veiller sous les lis du roi.

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