Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Née dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, la croix de Bourgogne a flotté de Dijon à Madrid, de Bruges aux Amériques. Voici l'histoire d'un emblème rouge sur fond blanc.

Vidéo : Bâtons de Bourgogne

Acheter le blason Bâtons de Bourgogne en pierre reconstituée

Une croix qui n'est pas droite

Sur l'écu, une croix rouge posée en sautoir sur un champ blanc. Ses deux branches ne sont pas lisses : elles sont hérissées de moignons, comme deux troncs dont on aurait coupé les rameaux. Les héraldistes parlent de « sautoir écoté » ; l'usage courant dit « croix de Bourgogne » ou « bâtons de Bourgogne ». C'est la croix de saint André, mais sous une forme particulière : toute croix de saint André n'est pas une croix de Bourgogne.

Selon la tradition chrétienne, l'apôtre André aurait été crucifié sur une croix en forme d'X. Les ducs de la maison de Valois-Bourgogne le prirent pour saint patron et lancèrent sur les champs de bataille le cri « Montjoie, saint André ! ».

Un signe de ralliement en pleine guerre civile

L'emblème apparaît sur les étendards des armées bourguignonnes à l'époque de Jean sans Peur (1371-1419). Le royaume est alors déchiré entre Armagnacs et Bourguignons, et l'on cherche à se distinguer des deux croix qui dominent les armées : la croix anglaise et la croix française, toutes deux droites. Choisir un sautoir, c'était choisir un signe qui ne ressemblait à aucun autre.

Son fils Philippe le Bon maintient cet usage et le développe. La réconciliation avec le roi, scellée par le traité d'Arras en 1435, reconnaît cette pratique, qui se répand dans tout l'État bourguignon. André devient aussi le patron de l'ordre de la Toison d'or, et les ducs comme leurs héritiers l'entourent d'un véritable culte dynastique.

De Bruges à Madrid, puis aux Amériques

Par mariage, l'héritage bourguignon passe aux Habsbourg, qui gardent la dévotion à saint André et la croix qui le représente. En 1506, dit-on (d'autres sources avancent 1525), la croix paraît en Espagne sur les bannières des gardes de Philippe le Beau, époux de Jeanne de Castille. Il l'avait reçue de sa mère, Marie de Bourgogne. Son fils Charles Quint la fait porter par les armées de son vaste empire, même si le drapeau officiel demeure blanc.

La croix devient l'enseigne des Tercios, cette infanterie espagnole qui exista de 1534 à 1704, puis un drapeau secondaire de la monarchie catholique, hissé en Espagne comme aux Pays-Bas, en Franche-Comté et dans les Amériques, jusqu'à la création du pavillon rouge et jaune en 1785. Elle figure aussi sur le drapeau des Pays-Bas bourguignons, puis sur des monnaies, comme le thaler dit « à la croix de Bourgogne », et sur le pavillon de la Compagnie d'Ostende.

Un étendard de fidélité comtoise

Au XVIIe siècle, lorsque Louis XIV s'attaque à la Franche-Comté, dernière terre bourguignonne restée sous la couronne d'Espagne, les Comtois arborent la croix en signe de fidélité. Lors du siège d'Arbois en 1674, ils la hissent, dit-on, sur le clocher de l'église. On la trouve même sur des plaques de cheminée, autour de l'écu de la Comté et du collier de la Toison d'or.

Le roi, lui, décide de s'approprier cette croix devenue l'emblème de la maison d'Espagne : le régiment de Bourgogne, puis le Royal-Comtois, la portent sur leurs drapeaux après la seconde conquête. L'historien comtois Jules Chifflet ne cache pas sa peine de voir des officiers l'arborer semée de fleurs de lis : il y voit une humiliation pour les siens.

Un héritage encore visible

Aujourd'hui, le souvenir de la croix demeure bien au-delà de la Bourgogne. Le pavillon naval de l'armée belge, créé en 1950, en est un hommage. Philippeville, en Belgique, en porte une jaune sur fond bleu, et le drapeau du département bolivien de Chuquisaca la reprend. Elle a longtemps servi de support aux armes des rois d'Espagne, et l'armée espagnole en utilise encore une version simplifiée sur ses aéronefs.

Comme tout emblème durable, cette croix a connu des usages très divers au fil des siècles. Mais son origine reste limpide : un signe rouge et blanc, choisi par des ducs pour se reconnaître, et placé sous le patronage d'un apôtre.

Ce blason chez vous

Les Éditions Charlemagne proposent ce blason en pierre reconstituée : fabrication artisanale, peint et patiné à la main, avec un système d’accrochage au dos.

Voir tous les blasons des provinces de France

Pour aller plus loin