Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Douze pommettes d’or sur fond rouge : la croix occitane est celle des comtes de Toulouse, puis du Languedoc. Ses origines sont discutées, ses significations multiples.

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Une croix aux douze pommettes

Sur un écu rouge, une croix d’or dont les branches, évidées, s’ouvrent comme l’anneau d’une clé et se terminent chacune par trois « pommettes », soit douze boules en tout : voilà la croix occitane. La description héraldique la plus courante est : « de gueules, à la croix vidée, cléchée et pommetée de douze pièces d’or ». Elle porte plusieurs noms : croix de Toulouse, croix raimondine, croix du Languedoc, et, depuis la réforme territoriale de 2015, croix d’Occitanie, emblème de la région administrative du même nom.

Une origine discutée

Les historiens le reconnaissent volontiers : sa provenance reste incertaine. On l’a rattachée au royaume d’Arles et aux Bosonides, et l’on a parlé d’une croix figurant dans l’entourage des vicomtes de Marseille, mais plusieurs de ces pistes sont contestées ou insuffisamment étayées. Une autre tradition, rapportée par les auteurs, veut que les comtes de Toulouse et de Provence, partis en croisade, aient vu à Tortose, dans le comté de Tripoli, une croix dont les douze pommettes d’or figuraient les douze apôtres.

Ce qui est mieux attesté, c’est son adoption par les comtes de Toulouse. Elle apparaît dans la seconde moitié du XIIe siècle : on la voit sur un denier de 1150 et sur le sceau de Raymond V en 1156. Selon un récit, ce choix aurait été une réponse au roi d’Aragon, qui venait d’adopter un écu à quatre pals rouges et or ; le comte de Toulouse aurait repris les mêmes couleurs en inversant la disposition.

La croix de Raymond VI

Le sceau de Raymond VI, en 1204, montre le comte à cheval, une croix évidée et pommetée sur son écu. Le poète Guillaume de Tudèle, qui raconte la croisade contre les Albigeois dans la Chanson de la croisade, la qualifie de « raimondenque ». La croix figure aussi sur une clé de voûte de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, datée de 1211, et sur le sceau de la ville la même année. Elle orne ensuite les sceaux de nombreuses villes de la Garonne et du Sud-Ouest, comme Castelsarrasin, Moissac ou Marmande. Dans ce contexte de guerre, elle devient le symbole de l’opposition au lion de Simon de Montfort.

Que signifient les douze pommettes ?

Aucune explication ne s’impose de façon décisive. On a évoqué les douze apôtres ou les douze tribus d’Israël, les douze signes du zodiaque, les douze travaux d’Hercule, ou encore une lecture solaire, les quatre branches figurant les saisons et les pommettes les mois de l’année. Certains érudits y voient une synthèse entre la croix tréflée copte, dite de saint Maurice, et une croix byzantine ; d’autres ont mis en avant des influences wisigothiques.

Un emblème de tout un pays

Sous l’Ancien Régime, la croix était l’emblème de la province du Languedoc. Aujourd’hui, on la retrouve sur les armoiries et les logos de nombreuses villes, régions et associations, entre l’Italie et l’Espagne, pour figurer le « domaine occitan », cette vaste zone des parlers d’oc qui s’étend du comté de Nice à la côte aquitaine. Ses couleurs et sa forme varient d’un blason à l’autre, mais la croix d’or sur champ de gueules demeure la plus reconnaissable, et celle que les comtes de Toulouse ont léguée à leur pays.

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