Le comte de Champagne était plus riche que le roi. Des foires de Provins à l’union avec la couronne, voici l’histoire du comté et de son blason à la bande d’argent.
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Un comté rassemblé pièce à pièce
La Champagne n’a pas toujours été un ensemble unique. Au IXe et au Xe siècle, elle se compose de comtés distincts, dont ceux de Troyes, de Meaux et de Reims, souvent disputés entre familles puissantes. Peu à peu, la maison de Blois, issue de Thibaud le Tricheur, rassemble Troyes et Meaux entre ses mains. Le titre de comte de Champagne est attesté à partir de 1065, même si son usage est sans doute plus ancien. Reims, la ville du sacre, reste en revanche à son archevêque.
En 1125, Thibaud le Grand, petit-fils de Thibaud de Blois, hérite de cet ensemble. Sous son autorité, la Champagne devient un pôle de premier plan. En 1129, au concile de Troyes, il est associé à la fondation de l’ordre du Temple avec Hugues de Payns, et à celle de l’abbaye du Paraclet avec Pierre Abélard. À sa mort, en 1152, ses terres sont partagées : Henri, l’aîné, reçoit la Champagne et la Brie ; ses frères reçoivent Blois et Sancerre.
Le siècle d’or des foires
Henri le Libéral hérite d’institutions mises en place dès 1147 pour organiser le commerce : étalon monétaire du marc de Troyes, assurance des marchands appelée « conduit », tribunal des foires. Les foires de Champagne, dont Provins est un centre, attirent des marchands venus de toute l’Europe. Selon les historiens, Provins est alors la troisième ville du royaume, après Paris et Rouen, et son comte est plus riche que son suzerain le roi.
Cette prospérité nourrit aussi les lettres. À la cour de Champagne travaillent Chrétien de Troyes, Gace Brulé ou Geoffroi de Villehardouin, qui font entendre la langue vulgaire à côté du latin des moines. Le comte Thibaud IV, dit le Chansonnier, hérite du royaume de Navarre par sa mère et compose lui-même des chansons. Selon la tradition, le plant de rose de Damas rapporté de croisade par Robert de Brie aurait été diffusé à Provins, dont la rose est devenue célèbre.
Le mariage qui donne la Champagne au roi
Le 14 août 1284, Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, épouse le futur Philippe le Bel, alors âgé de seize ans. Le comté conserve une existence juridique jusqu’à la mort du roi en 1314, puis son fils Louis X le Hutin le rattache au domaine royal. Le sort de la Champagne est fixé de façon définitive par un traité conclu en 1336, sous Philippe VI, qui donne à Jeanne, héritière de Navarre, d’autres terres en compensation. La Champagne connaîtra ensuite les épreuves de la guerre de Cent Ans, dont elle devient l’un des champs de bataille.
Une bande d’argent sur fond d’azur
Sur l’écu, une large bande d’argent traverse le fond bleu en diagonale, entre deux bandes plus étroites, d’or, ornées d’un motif en méandres. D’après les études héraldiques, les armes des comtes de Champagne apparaissent vers 1176 sur le sceau d’Henri le Libéral. La bande d’argent sur azur était déjà celle de la maison de Blois, dont sortaient les comtes ; les deux cotices d’or s’y ajoutent ensuite, ornées de potences au XIIIe siècle. Ce blason est donc celui d’une dynastie plus que d’un paysage : celui des princes qui firent de la Champagne un carrefour de l’Europe médiévale.
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