Une bande rouge, trois petits aigles : les alérions lorrains ont, dit la légende, été abattus d’une seule flèche par Godefroy de Bouillon. Voici l’histoire du duché qui les portait.
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Des fils de Lothaire au premier duc
L’histoire de la Lorraine commence par un partage de famille. En 843, le traité de Verdun divise l’empire de Charlemagne entre les fils de Louis le Pieux, et Lothaire Ier reçoit la longue bande de terres du milieu. Son royaume, le Lotharii regnum, donnera son nom à la Lotharingie, puis à la Lorraine. En 959, Brunon de Cologne et son frère l’empereur Otton Ier coupent la Lotharingie en deux : la Haute-Lotharingie deviendra le duché de Lorraine. En 1048, l’empereur en confie le gouvernement à Gérard d’Alsace, considéré comme le fondateur de la maison de Lorraine, qui régnera jusqu’en 1737. Il fait bâtir un château près d’un modeste village, Nanceio, qui deviendra Nancy, capitale des ducs.
Trois aiglons d’une seule flèche
Sur l’écu, une bande rouge traverse le champ doré en diagonale, portant trois petits aigles : ce sont les alérions. La tradition en donne une explication fameuse. Selon la légende, Godefroy de Bouillon, lors de la prise de Jérusalem, aurait abattu d’une seule flèche trois aiglons en plein vol, et les ducs de Lorraine auraient adopté ce trophée pour armes. La légende a été enjolivée à la Renaissance, notamment par le médecin humaniste Symphorien Champier, proche du duc Antoine. L’histoire, elle, dit autre chose : les armes de Lorraine apparaissent pour la première fois sur les sceaux du duc Simon II et de son frère cadet Ferry de Bitche. Les ducs, en les portant, affirmaient sans doute leur lien avec Godefroy, dont la légende faisait un héros de la première croisade. Le blason est en tout cas resté : d’or à la bande de gueules chargée de trois alérions d’argent.
Entre l’Empire et le royaume de France
Au fil des siècles, le duché reste terre d’Empire, mais l’influence de la France se fait sentir. Au XIIIe siècle, le duc Thiébaut Ier, prisonnier après Bouvines, doit se déclarer vassal du comte de Champagne pour quelques fiefs. Le mariage de Jeanne de Champagne avec Philippe le Bel place ensuite le duc dans la vassalité directe du roi de France. Le duc Raoul tombe à Crécy en 1346, aux côtés des Français. En 1420, Charles II marie sa fille Isabelle à René d’Anjou, qui devient duc de Lorraine et duc de Bar, futur beau-frère de Charles VII ; vaincu à Bulgnéville en 1431, René connaît la captivité à Dijon. Leur petit-fils René II défend le duché contre Charles le Téméraire, qui meurt devant Nancy en 1477.
En 1542, le traité de Nuremberg fait du duché un État souverain, libéré de la vassalité impériale. En 1552, Henri II prend les Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun. Le XVIIe siècle est celui des guerres : les troupes françaises occupent la Lorraine, et les ducs ne peuvent plus guère y séjourner avant 1697, quand le traité de Ryswick rend le duché à Léopold, qui établit sa cour dans le « Versailles lorrain », le château de Lunéville.
Le rattachement à la France
Le dernier acte se joue au XVIIIe siècle. En 1736, le duc François III épouse l’archiduchesse Marie-Thérèse d’Autriche, héritière des Habsbourg. Louis XV ne veut pas voir la Lorraine, enclavée dans le royaume, passer à l’Empire : selon les accords qui suivent, François reçoit la Toscane et le duché est confié à Stanislas Leszczynski, beau-père du roi, qui le gouverne à partir de 1737. À sa mort, en 1766, le duché est intégré au royaume de France, après huit siècles d’existence propre. Les Lorrains, note-t-on, restaient très attachés à leur maison souveraine. Les trois alérions, eux, sont demeurés l’emblème d’une terre qui a toujours vécu à la frontière des mondes.
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