Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Cédé à la France en 1349 par Humbert II, le Dauphiné est devenu la terre de l’héritier du trône. Son blason écartelé réunit les dauphins de Viennois et les fleurs de lys.

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Des comtes d’Albon aux dauphins de Viennois

Le Dauphiné naît de l’effacement du pouvoir lointain de l’empereur. Après la disparition du royaume d’Arles, intégré au Saint-Empire en 1032, de petites seigneuries laïques et ecclésiastiques prospèrent dans les vallées alpines. Parmi elles, les comtes d’Albon s’élèvent peu à peu au-dessus des autres. Leur histoire est établie de façon certaine à partir de 1040, avec Guigues Ier le Vieux, qui acquiert le Grésivaudan et l’Oisans. Ils choisissent Grenoble, modeste ville d’alors, pour capitale, un choix qui leur permet de tenir à la fois les Alpes et les plaines. Au XIIe siècle, ils prennent le titre de dauphins de Viennois. Le nom de « Dauphiné » est attesté en 1285, dans un traité conclu à Paris.

Pourquoi ce dauphin ? On a évoqué une origine grecque du mot, contestée par certains historiens, ou le prénom médiéval Delphinus, porté notamment par un saint évêque de Bordeaux. Ce qui est sûr, c’est que les princes viennois adoptèrent un blason orné de cet animal.

Humbert II et le traité de Romans

Le dernier dauphin indépendant, Humbert II, laisse le souvenir d’un prince cultivé et fastueux. Il crée le Conseil delphinal en 1337, fonde l’université de Grenoble en 1339 et accorde en 1349 un « Statut delphinal » garantissant les libertés des Dauphinois. Mais ses dettes s’accumulent, et son fils unique est mort à deux ans. Après des tentatives de vente avortées, notamment auprès du pape Benoît XII, il cède le Dauphiné au roi Philippe VI de Valois pour 200 000 florins, par le traité de Romans du 30 mars 1349.

La cérémonie officielle a lieu à Lyon, le 16 juillet 1349 : Humbert II remet au futur Charles V le sceptre, la bannière, l’anneau et l’ancienne épée du dauphin. Le prince prend l’habit de dominicain la même année et meurt six ans plus tard. Dès lors, le titre de dauphin est réservé à l’héritier du trône de France.

Louis, le dauphin qui gouverne

Un seul dauphin réside réellement dans sa province : le futur Louis XI, qui s’y installe en 1447. Il y interdit les guerres privées, oblige les nobles à lui rendre hommage, transforme le Conseil delphinal en Parlement et fonde l’université de Valence. Sa brouille avec son père Charles VII le pousse à fuir en 1456. En 1457, les États du Dauphiné prêtent le serment demandé par le roi, ce qui marque la fin de l’autonomie provinciale.

Entre-temps, la province avait connu un moment de gloire : en juin 1430, à la bataille d’Anthon, les troupes dauphinoises, très inférieures en nombre, l’emportent sur celles du prince d’Orange et sauvent la province de l’invasion.

La noblesse écarlate et le chevalier sans peur

Durant les guerres d’Italie, la noblesse dauphinoise se distingue : trois cents de ses membres combattent à Marignan, au prix de pertes telles qu’on la surnomme « l’écarlate de la noblesse française ». Son plus célèbre représentant est Pierre Terrail de Bayard, « le chevalier sans peur et sans reproche », né vers 1476 au château de Bayard, à Pontcharra.

Un écu à deux figures

Le blason est écartelé : deux quartiers montrent trois fleurs de lys d’or sur fond bleu, les armes de France, les deux autres un dauphin sur fond d’or, au corps bleu et à la nageoire rouge. Cette réunion s’entend aisément quand on sait que le Dauphiné revient à l’héritier de la couronne : d’un côté le royaume, de l’autre la terre du prince. Les sources consultées ne précisent pas la date de la composition de cet écu.

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