Blasons et provinces de France · 3 min de lecture · Éditions Charlemagne

D’azur semé de fleurs de lis d’or : l’écu des rois de France a traversé près de six siècles. Légende de Clovis, trois lis de Charles V : retour sur un emblème.

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Un semé de lis sur fond d’azur

Sur notre écu, un champ bleu porte des fleurs de lis d’or, réparties sans nombre défini et disposées en quinconce. C’est la forme la plus ancienne des armes royales : un semé, comme disent les héraldistes. Sous l’Ancien Régime, ces armes sont utilisées sans interruption pendant près de six siècles, de 1211 à 1792.

Entre légende et documents

La légende fait naître ces armes lors du baptême de Clovis : le roi des Francs aurait alors remplacé les trois crapauds qui ornaient son écu par trois lis mariaux. Belle histoire, mais les historiens rappellent que ces fleurs de lis ne sont attestées qu’à partir du début du XIIIe siècle. On peut donc aimer la tradition, en sachant qu’elle relève de la légende.

Trois lis pour la Vierge et la Trinité

En 1376, Charles V décide de réduire les fleurs de lis à trois. Il entendait, selon les sources, placer le royaume sous la double invocation de la Vierge, dont la fleur de lis est un symbole marial, et de la Trinité. Le semé de lis, sans nombre défini, cède ainsi la place à un écu plus sobre, où trois fleurs de lis se détachent sur l’azur : un choix qui unit la piété mariale et la foi trinitaire dans l’emblème même du royaume.

Une grande famille d’écus

Les armes de France n’ont pas seulement servi au roi : elles ont été la matrice de toute une famille d’armoiries. Un armorial des Capétiens rassemble celles des nobles issus de cette maison : Capétiens directs de 987 à 1328, maison de Valois, maisons d’Artois, d’Évreux-Navarre, d’Anjou-Sicile, de Courtenay, de Dreux, de Vermandois, de Bourgogne, puis dynastie royale de Bourbon de 1589 à 1830 et ses nombreuses branches. Le duché de Bretagne, par exemple, fut tenu par une branche de la maison de Dreux, de 1213 à 1514.

Chaque branche de cette famille a composé ses propres armes : c’est ainsi que Pierre Mauclerc, de la maison de Dreux, brisa les armes de son père en y plaçant un franc-quartier d’hermine, geste à l’origine de l’hermine bretonne. Dans bien des blasons de nos provinces, on peut ainsi chercher l’écho de ce grand modèle.

Après la monarchie

La Révolution supprime les armoiries et leur préfère des symboles inspirés de l’Antiquité. Au XIXe siècle, les emblèmes changent au gré des régimes : fleurs de lis sous la Restauration, aigle sous le Premier et le Second Empire. Depuis le 4 septembre 1870, les armoiries de la France ne font plus l’objet d’aucun texte juridique, et seuls la devise, l’hymne et le drapeau figurent dans la Constitution de la Ve République. Mais l’écu d’azur aux fleurs de lis d’or demeure, dans la mémoire collective, celui des rois de France.

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