Un champ d’hermines cerné d’une bordure rouge : un héritage breton en pays limousin. Il raconte l’histoire de la vicomté de Limoges, devenue province du royaume avec Henri IV.
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Des hermines en terre limousine
À première vue, l’écu surprend : un champ blanc semé de petites hermines noires, cerné d’une bordure rouge. On songe à la Bretagne, et ce n’est pas un hasard. Selon les héraldistes, les armes du Limousin, « d’hermine à la bordure de gueules », ont été adoptées après 1290 par le jeu d’une alliance avec la maison de Dreux-Bretagne. Cette parenté s’explique par l’histoire d’une principauté minuscule mais tenace, la vicomté de Limoges.
La vicomté de Limoges
Les vicomtes de Limoges, appelés aussi vicomtes de Ségur, tirent leur première dignité de Foulques de Limoges, qui la confère en 876 ; le dernier héritier sera Henri IV, au XVIe siècle. Leur territoire, entre Limoges, Brive et Périgueux, s’étendait sur ce qui forme aujourd’hui la Haute-Vienne, la Dordogne et la Corrèze, et comprenait les châteaux de Ségur, d’Excideuil, d’Aixe-sur-Vienne, d’Auberoche et de Nontron. Il en reste aujourd’hui des ruines ou des tours, comme les deux grosses tours d’Excideuil.
La vicomté ne resta pas dans la même famille. Elle passa des Limoges-Ségur aux Bretagne, puis aux Blois-Bretagne, aux d’Albret et enfin aux Bourbons. La domination bretonne, entre 1275 et 1360, a laissé des traces jusque dans les monnaies frappées à Limoges, et elle explique la présence des hermines sur l’écu. Auberoche, place confiée dès le XIe siècle à la protection du vicomte par l’évêque de Périgueux, montre bien cette puissance qui allait jusqu’aux portes du siège épiscopal voisin.
De la guerre de Cent Ans à la couronne
Le XIVe siècle est troublé par la guerre franco-anglaise. À la fin du XVe siècle, le pays est partagé entre deux grandes maisons du Sud-Ouest : les d’Albret, qui tiennent la vicomté de Limoges, celle de Turenne et le comté de Périgord, et les d’Armagnac, qui ont la Marche. En 1531, la Marche est définitivement réunie au domaine royal. En 1572, Henri de Bourbon succède à sa mère Jeanne d’Albret à la tête des fiefs de sa maison : il est donc vicomte de Limoges et comte de Périgord. Son accession au trône de France, en 1589, sous le nom d’Henri IV, précipite le rattachement de tous ces domaines à la couronne.
Une province du royaume
Le Limousin devient alors une province du royaume de France, de 1589 à la Révolution. Ses limites, comme celles de bien des provinces, restent floues : on distingue un Haut-Limousin autour de Limoges et un Bas-Limousin autour de Tulle. Quand la Marche est laissée de côté, la province couvre la moitié sud du Limousin d’aujourd’hui. En 1738, la vicomté de Turenne, qui avait longtemps gardé une grande autonomie, est à son tour rattachée au domaine royal et intégrée à la province.
La Révolution supprime la province en 1790 : son territoire est partagé entre la Corrèze, la Haute-Vienne et, très marginalement, la Dordogne. Le nom, pourtant, n’a pas disparu : il désigne au XXe siècle une région plus vaste, qui inclut la Creuse, et qui a subsisté jusqu’en 2015. Les hermines, elles, rappellent qu’avant d’être une province, le Limousin fut le domaine d’une lignée de vicomtes que les hasards des alliances menèrent des bords de la Vienne jusqu’au trône de France.
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