Sur fond blanc, des mouchetures noires : l’hermine bretonne a traversé les siècles. Voici l’histoire du duché qui l’a portée, d’Alain Barbetorte à l’union avec la France.
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Du royaume au duché : les commencements
Avant d’être une province française, la Bretagne fut un pays de forte personnalité, héritier de l’ancienne Armorique. Au IXe siècle, Nominoë, envoyé de l’empereur carolingien, arracha l’indépendance, et son fils Erispoë puis Salomon donnèrent au royaume de Bretagne son extension maximale, jusqu’au Cotentin et à une partie du Maine. Mais les Vikings s’installèrent sur ces côtes.
C’est Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi, qui les chassa. En 938, il devint le premier duc de Bretagne : il refusa le titre de roi, se dit princeps, « premier des seigneurs », et prêta hommage au roi Louis IV en 942. Pendant près de trois siècles, les grandes maisons comtales de Nantes, de Rennes et de Cornouaille se disputèrent ensuite la direction du duché.
L’hermine entre dans l’histoire
Au XIIe siècle, la Bretagne devint un enjeu entre la maison de France et les Plantagenêts d’Angleterre. En 1213, Pierre de Dreux, dit Pierre Mauclerc, devint duc en épousant l’héritière Alix de Thouars, et reconnut l’hommage lige au roi de France. Prince de la maison capétienne de Dreux, il brisa les armes de son père, un échiqueté d’or et d’azur, en y plaçant un franc-quartier d’hermine. C’est ainsi que l’hermine s’installa dans les armes bretonnes. On y voit une allusion à son surnom de « Mauclerc ».
Le 13 décembre 1316, le duc Jean III abandonna les armes des Dreux pour des hermines pleines : l’écu blanc semé de mouchetures noires que l’on connaît. On avance plusieurs raisons, la mode du semé, désormais associé au pouvoir, mais aussi la brouille du duc avec sa belle-mère Yolande de Dreux.
Un blanc semé de noir
Que voit-on sur l’écu ? Un champ blanc, où se répartissent en quinconce de petites mouchetures noires, chacune surmontée de trois minuscules pointes. Elles évoquent le bout de queue noir de l’animal, que l’on cousait autrefois sur les manteaux de fourrure blanche des puissants. Cette fourrure, rare, était réservée aux princes, et l’on en revêtait le manteau du sacre.
Le blanc et le noir ont aussi nourri une belle symbolique : ils rappellent la pureté baptismale, puis la pureté morale. Selon une légende tenace, une hermine poursuivie lors d’une chasse d’Anne de Bretagne aurait préféré affronter les chasseurs plutôt que de traverser un bourbier et de se salir. La duchesse, touchée, l’aurait épargnée, d’où la devise « Plutôt mourir que se souiller ». Les sources précisent toutefois que cette formule n’apparaît qu’une fois dans un livre d’heures d’Anne et semble un ajout du XVIIe siècle, alors que la devise ducale était « À ma vie ».
Anne de Bretagne et l’union au royaume
La guerre de Succession de Bretagne, ouverte en 1341 à la mort de Jean III sans héritier, opposa Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, à Jeanne de Penthièvre, soutenue par la France. Le duché resta pourtant, jusqu’à la fin du XVe siècle, une puissance indépendante.
La duchesse Anne, héritière du duché, épousa le roi Charles VIII en décembre 1491. Veuve en 1498, elle épousa en 1499 son successeur Louis XII, avec des clauses qui protégeaient l’indépendance de son duché. Sa fille Claude de France épousa ensuite le futur François Ier. Les États de Bretagne, réunis à Vannes en août 1532, reconnurent le dauphin comme duc, et l’édit d’Union, promulgué à Nantes le 13 août, réunit le duché et le royaume en garantissant les droits de la province. L’union devint effective en 1547, à l’accession d’Henri II.
La Bretagne conserva jusqu’à la Révolution son parlement, ses États et ses privilèges. Aujourd’hui encore, l’hermine demeure l’un des signes les plus reconnaissables de l’identité bretonne : elle figure sur l’écu blanc qui fut celui des ducs.
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