Blasons et provinces de France · 4 min de lecture · Éditions Charlemagne

Deux fauves d’or sur un champ rouge : l’écu normand raconte un duché né des raids vikings, devenu l’un des plus puissants d’Occident. Retour sur mille ans d’histoire.

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Rollon et la naissance d’un duché

L’histoire de la Normandie commence par un pari politique. En 911, le roi des Francs Charles le Simple, débordé par les raids vikings, confie à l’un de leurs chefs, Rollon, les terres de la Basse-Seine. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte y ajoute une condition qui pèsera lourd : la christianisation de ces nouveaux venus. De cette concession naît ce qui deviendra le duché de Normandie.

Le titre de duc n’apparaît que plus tard : selon les sources, c’est Richard II, au début du XIe siècle, qui est le premier à le porter, ses prédécesseurs étant appelés jarls des Normands ou comtes de Rouen. Étonnamment, l’héritage scandinave s’efface vite. Dès le début du XIe siècle, la Normandie est une principauté largement francisée, organisée sur le modèle carolingien, où l’on parle latin et le parler local, et où les ducs prennent épouse chez leurs voisins de Bretagne, de France ou de Flandre. La langue du Nord ne survit guère que dans le vocabulaire de la mer.

De Guillaume le Bâtard aux rois d’Angleterre

Le duché atteint son apogée en 1066, quand le duc Guillaume, dit le Bâtard, s’empare du royaume d’Angleterre. Pendant près de cent cinquante ans, la Normandie et l’Angleterre partagent le même destin. Le jeune Guillaume avait pourtant hérité du duché à huit ou neuf ans, en 1035, à la mort de son père Robert le Libéral, et certains barons en avaient profité pour élever des châteaux sans autorisation ducale, alors que les ducs tenaient jalousement le droit de fortifier.

Au milieu du XIIe siècle, l’installation des Plantagenêts à la tête du royaume anglo-normand ôte au duché une partie de son rayonnement politique. En 1204, le roi de France Philippe Auguste confisque la Normandie et la rattache au domaine royal. Le duché est supprimé en 1469 par Louis XI. Seules les îles Anglo-Normandes, Jersey et Guernesey, demeurent liées à la couronne britannique, qui en fait encore son « duc de Normandie » à titre officieux.

Des lionceaux aux léopards

Que voit-on sur l’écu ? Sur un champ rouge, deux fauves d’or, l’un au-dessus de l’autre, marchant la gueule ouverte, les griffes sombres. En héraldique, on les appelle des léopards : un lion dont la tête est vue de face.

Leur origine est discutée. La plus ancienne image d’un duc de Normandie armorié est la plaque funéraire de Geoffroy Plantagenêt, vers 1160 : elle montre un écu semé de lionceaux d’or sur azur. Selon un moine de Marmoutier, ces lions auraient été offerts à Geoffroy lors de son adoubement, en 1127, par son beau-père Henri Ier Beauclerc. On pense que son fils Henri II Plantagenêt a le premier porté deux léopards, sans preuve directe conservée. Richard Cœur de Lion en adopta trois en 1195, et Jean sans Terre les hérita en 1199 avant de perdre la Normandie. Au XIIIe siècle, les deux léopards deviennent les armes du territoire lui-même : on les trouve dans le sceau de la nation de Normandie à l’université de Paris et dans l’armorial du héraut Vermandois, compilé entre 1285 et 1300.

Un emblème qui a survécu au duché

Ainsi, le blason normand, né d’un mariage entre traditions vikings, franques et anglaises, a traversé les siècles tandis que le duché disparaissait. Il rappelle une principauté que l’historien François Neveux décrit comme un véritable État, doté d’une administration efficace où l’autorité publique l’emporte sur les intérêts privés. Aujourd’hui encore, ces deux léopards d’or sur gueules sont pour beaucoup le signe de reconnaissance de la Normandie.

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