Blasons et provinces de France · 3 min de lecture · Éditions Charlemagne

Une aigle rouge couronnée, posée sur trois montagnes au-dessus de la mer : l’emblème niçois a vu Nice passer de la Provence à la Savoie, puis à la France.

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Une aigle sur trois montagnes

Sur un écu clair, une aigle rouge couronnée, les ailes abaissées, se dresse sur trois sommets sombres qui surgissent d’une mer aux vagues ondées. Toute l’histoire de Nice tient dans cette image : un pays de montagnes tourné vers la Méditerranée. Les sources donnent pour cet emblème la description héraldique suivante : d’argent à l’aigle couronnée de gueules, empiétant une montagne de trois coupeaux de sinople issant d’une mer d’azur. Précisons que l’historien Jacques Meurgey, en 1941, notait que le comté n’avait jamais possédé d’armoiries spécifiques : il attribuait à toute la province celles de la ville, une aigle sur une montagne, d’après un armorial de 1628. La mer serait une addition récente.

1388 : Nice se donne à la Savoie

Tout commence par une crise de succession. En 1380, la reine Jeanne Ire de Naples, comtesse de Provence, adopte Louis d’Anjou, frère du roi de France Charles V. Elle est assassinée par Charles de Duras, et la guerre de succession de Provence s’ouvre. Le comte de Savoie Amédée VII, dit le Rouge, souhaite un accès à la mer. Il s’entend avec Jean Grimaldi de Beuil, baron, gouverneur de Nice et sénéchal, désireux de soustraire la rive gauche du Var à la suzeraineté provençale.

Le 28 septembre 1388, à l’abbaye Saint-Pons, les Niçois se donnent à la Savoie, en échange de protection contre le parti angevin : c’est la dédition de Nice. Le pacte prévoit, selon les sources, que la ville ne serait jamais livrée aux Français. Nice devient la capitale de ces « Terres neuves de Provence » sous l’autorité d’un gouverneur savoyard. En 1391, les syndics de la ville prêtent serment de fidélité, et ce n’est qu’en 1419 que la reine Yolande, veuve de Louis II d’Anjou, renonce aux droits de son fils, tandis que l’empereur Sigismond ratifie la cession du comté à la Savoie.

Siège, légende et fidélité savoyarde

Les siècles suivants sont troublés par les guerres d’Italie. En 1543, Nice est assiégée par les troupes françaises et la flotte ottomane de Barberousse, alliées contre Charles Quint. La ville est prise après vingt jours, mais la résistance des derniers défenseurs du château pousse la flotte à se retirer. C’est là que se place l’épisode légendaire de Caterina Segurana, héroïne de la tradition niçoise dont il est difficile de démêler la part de légende.

En 1614, le duc Charles-Emmanuel Ier fait de Nice un port franc et y établit un sénat. Le comté connaît alors une relative stabilité, même si la France l’occupe de 1691 à 1697 et de 1707 à 1713. Le traité d’Utrecht, en 1713, détache la vallée de l’Ubaye au profit du royaume de France.

De la Révolution à 1860

Les armées de la Révolution entrent à Nice le 29 septembre 1792 et, en 1793, le comté devient le département des Alpes-Maritimes. Les Barbets, opposants à l’occupation française, luttent dans le Haut Pays niçois. Redevenu sarde en 1814, le comté est rebaptisé province de Nice en 1818 par le roi Victor-Emmanuel Ier. En 1860, la majeure partie de son territoire est annexée à la France après plébiscite. Le Pays niçois, aujourd’hui encore région culturelle bien identifiée, porte toujours sur son drapeau l’aigle rouge d’autrefois.

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