Blasons et provinces de France · 3 min de lecture · Éditions Charlemagne

Quatre reines pour quatre sœurs, une couronne d’Anjou et une union libre avec la France : le comté de Provence a connu bien des maîtres. Sa fleur de lys en garde la trace.

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Des Phocéens aux Francs

Vers 600 avant Jésus-Christ, des marins de Phocée fondent Marseille, la Massalia des Grecs. Le nom de la Provence vient de la « Provincia » romaine : César passe de la Provincia à la Narbonnaise en franchissant le Rhône. Après la chute de l’Empire, la région entre en 536 dans le royaume franc ; Charles Martel, en 736, la fait entrer définitivement dans le domaine franc. Le traité de Verdun, en 843, la place ensuite dans la part de Lothaire.

Le Xe siècle est marqué par les raids sarrasins depuis le Fraxinet, dans le massif des Maures. Vers 972, l’enlèvement de saint Mayeul, abbé de Cluny, déclenche la riposte : le comte Guillaume, dit le Libérateur, remporte à Tourtour une victoire qui met fin à cette menace. La Provence fait alors partie du royaume de Bourgogne-Provence, puis du Saint-Empire romain germanique à partir de 1032, mais l’autorité de l’empereur y reste théorique.

Les comtes de Barcelone et les quatre reines

En 1112, Douce de Provence épouse Raimond-Bérenger III, comte de Barcelone, et le comté passe à cette maison. Le traité de 1125 partage la région entre les comtes de Barcelone, maîtres du sud de la Durance, et ceux de Toulouse. Quand Raymond-Bérenger V meurt en 1245, ses quatre filles font de brillants mariages : Marguerite épouse saint Louis, Sancie Richard de Cornouailles, Éléonore le roi d’Angleterre Henri III et Béatrix Charles d’Anjou, frère de saint Louis. C’est Béatrix qui hérite de la Provence et de Forcalquier, ce qui vaut à Forcalquier le surnom de « cité des quatre reines ».

La maison d’Anjou puis le rattachement à la France

Charles d’Anjou transmet le comté à la première maison capétienne d’Anjou, dont les princes portent des titres royaux à Naples, en Sicile ou à Jérusalem. Après la mort de la reine Jeanne en 1382 s’ouvre une guerre civile, la guerre de l’Union d’Aix ; en 1388, Nice et sa région se donnent à la Savoie. Une seconde maison d’Anjou s’installe et s’éteint en 1481 avec Charles V d’Anjou ; la Provence revient alors par succession au roi de France Louis XI. L’union est proclamée perpétuelle en 1487. Le roi devient « comte de Provence, Forcalquier et terres adjacentes » ; il confirme les privilèges et libertés de la province, qui garde ses institutions particulières. Les trois fléaux de la Provence, dit une tradition locale, sont le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix.

Une fleur de lys brisée d’un lambel

Sur l’écu représenté ici, une grande fleur de lys d’or repose sur un fond bleu, et un lambel rouge à trois pendants la surmonte. En héraldique, le lambel sert habituellement à distinguer une branche cadette, et la fleur de lys renvoie à la maison de France. Cela rappelle que les comtes de Provence à partir de Charles d’Anjou étaient des princes capétiens, frères ou parents de rois de France. Nous ne prétendons pas ici trancher les débats des héraldistes sur la forme exacte des armes provençales, qui ont varié au fil du temps ; ce sont les traits que l’on voit sur l’écu, et ils suffisent à évoquer cette période où la Provence fut gouvernée par des Capétiens avant de s’unir à la couronne de France.

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